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contes pour enfants

L'ogresse et la princesse

L'ogresseet la princesse


L’Ogresseet la Princesse "Clair de Lune"(Thiziri) conte Kabyle


Ce contemet en scène la terrible ogresse Tériel. Ce personnage monstrueux figure dansun grand nombre de contes kabyles.

Ici ellevient tisser bénévolement des couvertures chez une pauvre veuve, mais, on sedoute, la suite est funeste... Maléfices, épreuves et résolution des maléficesse succèdent.


"Amachahou"


Autrefois,dans une vieille maison en pierre, vivait une pauvre veuve, mère de septenfants. La malheureuse se retrouva sans aucune ressource financière, lorsqueson époux décéda d’une longue et terrible maladie. Elle dut affronter seule lesdifficultés de l’existence. Pour nourrir ses enfants, elle acceptait tous lestravaux qu’on lui proposait et s’acquittait de ses tâches correctement afin derécolter quelque argent... Ses fils se chargeaient de l’aider à l’extérieur,tandis que ses filles s’occupaient du foyer. La vie était bien pénible pourcette famille nombreuse.

Quandl’hiver approchait, la veuve avait peur que ses enfants ne meurent. de froid.Alors, à l’aide de bouts de laine recueillis ici et là, elle se mettait àtisser, tard dans la nuit, une large couverture de laine.

Par une nuitplus fraîche que de coutume, le vent soufflait à grandes rafales alors que lapauvre femme s’usait les yeux à tisser jusqu’à une heure avancée de la nuit.Ses enfants dormaient profondément, les uns accrochés aux autres, comme s’ilsavaient peur de se séparer.

Brusquement,la fragile porte d’entrée claqua. Apparut alors une énorme silhouette, sieffrayante que la veuve recula jusqu’au mur. Horrible et repoussante, Tériel l’ogresse se tint sur le pas de laporte, fixant de son regard perçant la pauvre femme toute tremblante. Lemonstre avança vers le métier à tisser et rassura la femme terrorisée : « Necrains rien ! Laisse-moi t’aider ! » Stupéfaite et effarée, la veuve ne putprononcer un seul mot.

Avec unacharnement démentiel, l’ogresse se mit à tisser. La peur au ventre, la veuvepensa qu’une fois la couverture achevée le monstre la dévorerait, elle et sesmalheureux enfants. Mais le monstre n’en fit rien. Au contraire, dès qu’il eutfini de tisser une couverture, il en entama une autre et ceci jusqu’à l’aube. Ace moment-là, le monstre s’arrêta et sortit en lançant à la femme : « Voilà tesenfants à l’abri du grand froid ! Rassure-toi, l’hiver prochain, je reviendraite tisser d’autres couvertures ! »

Il en futainsi durant sept ans. Au début de chaque saison hivernale, l’ogresse faisaitirruption chez la veuve et lui tissait sept couvertures de laine.

Au bout dela septième année, alors que l’aîné des enfants avait atteint dix-sept ans,Tériel réapparut un soir d’hiver, comme de coutume. Elle annonça à la veuve : «Voilà sept ans que je t’aide à protéger ta progéniture des morsures du froid.Aujourd’hui je suis revenue te demander de m’offrir ton fils aîné afin det’acquitter de ta dette. Pour me témoigner ta gratitude, tu me le donneras, ilme sera très utile. »

La veuvesaisit enfin la fausse générosité qui avait motivé l’ogresse durant toutes ceslongues années. Elle se souvint, qu’enfant, sa grand-mère lui contaitd’innombrables histoires sur cet horrible monstre qui habitait on ne sait où,qui guettait des proies en difficulté et dévorait ses victimes toutes crues.Elle lui disait toujours que Tériel ne se montrait que pour annoncer unmalheur. La pauvre femme réfléchit un peu et pensa que, si elle refusait àl’ogresse ce qu’elle exigeait d’elle, celle-ci se fâcherait et serait capabled’avaler toute la famille. Elle se résolut alors à sacrifier son fils aîné, quiétait pourtant son préféré. Elle alla le voir et lui dit à voix basse : « Monfils, toi la première perle de mon collier de vie, tu dois accompagnerl’ogresse chez elle ! Je pense qu’elle projette de te dévorer, mais il existeun moyen pour la contrarier et la faire tomber dans l’interdit, expliqua lamère. Dès qu’elle s’apprêtera à t’emmener avec elle, empresse-toi de lui téterle sein, tu deviendras ainsi son fils et même une ogresse ne peut dévorer sonenfant » Il suivit les recommandations de la veuve. Surprise et dépassé parl’événement, l’ogresse se mit en colère. et s’adressa à lui : « Petit misérable! Tu m’as eue ! Mais je te prendrai malgré tout avec moi. »

L’ogresseplongea le jeune homme dans son sac, le mis sur son dos et quitta la veuvebouleversée et déchirée par le départ de son fils aîné.

Le monstremarcha durant de longs jours sans s’arrêter. Le jeune homme, prisonnier au fonddu sac, ne vit aucune lumière et ignora tout du voyage. Il arrivait à peine àrespirer. De temps à autre, le monstre lui glissait un morceau de galette. Ilavait soif, mais il résista du mieux qu’il le put.

Au termed’un mois de voyage, Tériel l’ogresse, arriva enfin chez elle, dans un payssouterrain et obscur, où l’on n’entendait que les cris des hiboux, des chacals,des ogres et autres animaux de mauvais augure. Des cris effrayants quiretentissaient comme des tonnerres stridents. L’ogresse poussa la porte de soninfâme antre et jeta sur le sol le sac qui contenait le jeune homme. Celui-ciroula par terre, ouvrant les yeux sur le lieu sinistre où habitait le monstre.L’ogresse saisit violemment le jeune homme et l’enferma dans une cage.

Tous lesmatins, le monstre allait chasser et ne rentrait qu’à la tombée de la nuit,traînant derrière lui de multiples victimes parmi lesquelles se trouvaientquelquefois de petits enfants. Dès son arrivée, elle faisait du feu pour seréchauffer puis engloutissait d’énormes quantités de viande, sans même lescuire. A la fin de ses copieux et funestes repas, elle lançait vers la cagequelques restes pour nourrir le jeune homme encore prisonnier, tout enl’insultant et maudissant le jour où il était devenu son fils. « Ah ! Siseulement tu n’avais pas bu de mon lait ! J’aurais fait de toi un agréabledessert ! aimait elle à répéter. »

Des jours etdes mois passèrent et le jeune homme survécut grâce à son endurance et à saruse. L’ogresse faillit le dévorer à plusieurs reprises, mais il sut à chaquefois lui rappeler que nulle mère, pas même une ogresse, ne pouvait dévorer sonfils. Celle-ci se voyait alors contrainte d’y renoncer. Le jeune homme savaitéviter les colères de la monstrueuse créature.

Un jour quel’ogresse était sortie, comme à son habitude pour chasser, une magnifique perdrixapparut dans la cours du taudis et se mit à picorer quelques petits grainsde-ci de-là. Le jeune homme vit le bel oiseau et songea : « Si seulement cetteperdrix pouvait deviner mon  malheur etme venir en aide ! » Il crut rêver, mais non, la perdrix lui répondit d’unepetite voix mélodieuse : « Comment pourrais-je t’aider, brave jeune homme ? »Abasourdi et émerveillé, le jeune homme demanda : « Comment se peut-il qu’uneperdrix sache parler ?

Ne te fiepas à mon apparence ! répondit le gentil oiseau. En réalité, je suis laprincesse "Clair de Lune". Mon père règne sur le Pays des SeptRivières. C’est ma marâtre qui m’a transformée en perdrix, car mon père a eu lemalheur de faire l’éloge de ma beauté devant elle. Pour se débarrasser de moi,elle m’a condamnée à l’apparence que tu vois là.

Mais c’estincroyable ! s’étonna le jeune homme.

Oh, oui !Voilà sept ans que j’arpente les forêts, je traverse contrée après contrée,goûtant à la vie libre et douce des perdrix. » Les yeux ébahis, le jeune homme écoutale récit surprenant de l’oiseau puis demanda : « Si tout ce que tu dis estvrai, peux-tu m’aider à enlever les grilles qui m’emprisonnent ? » Sanshésiter, la perdrix répondit : « Je le peux sûrement. Tiens ce bâton ! Ce soir,quand l’ogresse se jettera sur son repas avec son empressement coutumier, ellene te verra pas le glisser dans le feu. Enfonce alors le bâton enflammé dans latête du monstre, car c’est là que réside son âme. Il sera tué sur le coup.Quant à tes grilles, je n’ai pas la force de les ouvrir, hélas !

C’est déjàbien généreux de ta part de m’avoir donné cette idée. Le reste, je m’en charge! » dit le jeune homme, stimulé à l’idée de pouvoir enfin se libérer du jouginfernal du monstre.

Vint lanuit. L’ogresse rentra, tenant dans ses bras poilus la carcasse d’un âne et lecadavre d’un tigre. Fidèle à son habitude, elle alluma le feu pour seréchauffer et s’installa pour dévorer goulûment sa prise. Le jeune hommeprofita de l’inattention du monstre pour enflammer le bâton que lui avait donnéla perdrix et brusquement, de sa cage, il le lança en direction de la tête del’ogresse qui mourut sur le coup.

Cependant,le jeune homme ne put s’échapper, car les clés étaient accrochées au cou deTériel, et le cadavre de l’horrible monstre était tombé hors de sa portée. Ilne lui restait alors qu’un seul espoir : celui de voir la perdrix réapparaîtreet l’aider à sortir.

Il attenditle charmant oiseau un jour, puis deux, puis trois, mais il ne réapparut qu’aubout d’une semaine. Le jeune homme, épuisé par la faim et la soif, commençait àdésespérer quand, enfin, l’oiseau surgit dans la cour. Dès qu’il le vit, lejeune homme reprit courage et le supplia : « Généreuse perdrix, pourrais-tu merendre un immense service : j’ai besoin d’ouvrir cette cage et les clés sontpendues au cou de l’ogresse. Veux-tu essayer de les décrocher pour moi ?

Bien sûr !répondit l’oiseau, qui s’exécuta sur le champ. » Le jeune homme put enfin selibérer. Il se jeta sur la nourriture et l’eau, sautillant de joie en respirantl’air agréable de la liberté. Puis, il prit la perdrix entre ses mains et laremercia chaleureusement : « Je te dois la vie, noble petit oiseau ! Le cielt’a envoyé à moi et tu as eu pitié de ma misérable condition. Je ne sauraisjamais te montrer toute ma gratitude.

 

Ce n’estrien voyons ! remarqua  l’oiseau, tuaurais agi de la sorte si tu avais été à ma place » Le jeune homme observal’oiseau et se sentit soudain très proche de lui, comme s’il l’avait toujoursconnu, comme s’il avait grandi avec lui. Il lui demanda : « Y a-t-il quelquechose que je puisse faire pour toi ?

Hélas ! Tune peux rien pour moi, répondit l’oiseau d’une voix morne et languissante.Quatre-vingt-dix-neuf nobles princes et vaillants chevaliers ont essayé debriser le maléfice qui m’accable mais tous ont péri. Je me suis résignée àaccepter mon sort et j’ai appris à me contenter de ma vie de perdrix. »Compatissant et. très ému par ces révélations, le jeune homme eut grande enviede tenter l’impossible pour lui venir en aide, quitte, pour cela, à risquer savie. Jusqu’à présent, il n’avait douté ni du courage qui pouvait l’animer, nidu goût de l’aventure qui, pour la première fois, faisait battre son cœur.

Transportépar une vive émotion, il annonça à la perdrix : « Quoi qu’il puisse m’advenir,je veux tenter de briser ton maléfice ! » Naturellement, l’oiseau fut touchépar le sentiment spontané et noble du jeune homme. Devant son enthousiasme, ilne put s’empêcher de lui expliquer ce à quoi il devait s’attendre. « Mon paysest parcouru par sept fleuves et dans chaque fleuve dort une gigantesquepieuvre. En m’infligeant ce sortilège, ma belle-mère a exigé de chacun de mesprétendants qu’il lui ramène les têtes des sept pieuvres qu’il auraitsectionnées de son propre sabre. Sache, mon tendre ami, ajouta la perdrix, quejusqu’à présent personne n’a été en mesure de réaliser le vœu de ma méchantebelle-mère, car les pieuvres sont colossales et leur ruse est invincible !

Peu importe! s’exclama le jeune homme, j’essayerai tout de même !

Et bien,encouragea l’oiseau, mon cœur est tout à toi et mon bonheur serait de te voirvaincre tous les obstacles. J’attendrais dans cette forêt et j’espérerai tonretour, priant le Ciel de guider tes pas et de te venir en aide dans tagénéreuse mission ! »

L’oiseaus’envola et le jeune homme se mit à cheminer en direction de l’horizon. Ilmarcha ainsi durant des jours. Il apprit notamment à pêcher, chasser ;escalader des montagnes et affronter des eaux déferlantes. Après trois moisd’efforts, il atteignit une vieille maisonnette toute en bois qui semblaitdéserte et triste. Le jeune homme décida d’aller voir de près l’humble logis,espérant. pouvoir s’y reposer de son long et éprouvant périple.

Il frappadonc trois coups à la porte. Il entendit une petite voix frêle, presqueagonisante, demander :

« Ô toi, lepassant pressé ! Que veux-tu d’un vieillard que les affres de la vie ont épuisé? » D’un ton poli et obligeant, le jeune expliqua : « Que la paix soit sur toi,vieil homme ! Peux-tu m’offrir l’asile juste pour un soir ? Je viens de loin etje suis fatigué. Je souhaiterais me reposer une nuit dans la chaleur de tonfoyer. » De sa petite voix, le vieillard répondit : « Soit ! Pousse la porte etentre ! » Doucement, le jeune homme ouvrit la porte et découvrit un vieil hommetout ridé, étendu sur une couche sale et pitoyable. Visiblement, l’homme âgén’était même pas capable d’allumer le feu de sa cheminée. Il grelottait defroid et avait l’air affaibli par la soif et la faim. Autour de lui,l’ameublement rudimentaire était poussiéreux et nauséabond. Le jeune homme eutpitié de lui. Il ressortit pour ramasser quelques branches afin de faire dufeu. Puis il s’occupa de nettoyer le lit du vieillard. Il lava délicatement lepauvre homme et pansa ses blessures. Il se mit ensuite à préparer une soupeavec quelques légumes et herbes trouvées dans la prairie qui entourait lamaisonnette. Il aida le vieillard à se nourrir et se servit également.

Le visageblême et flétri du vieil homme reprit vie et son regard terne s’éveilla. Ilremercia chaleureusement son invité et lui fit une surprenante confidence : «On m’appelle Amghar Azemni(1). Je suis né il y a si longtemps que je ne sauraiste dire quand exactement. Je suis condamné à vivre vieux éternellement. Hélas,il y a quelques jours, un serpent m’a mordu et son venin m’a immobilisé sur monlit. Le poison ne me fera pas mourir, mais il infecte mon corps. » Le jeunehomme se proposa d’aspirer le poison de la blessure. Le vieil homme lui désignala cheville que le serpent avait mordue. Une fois le poison totalement aspiré,l’homme se sentit soulagé et remercia le Seigneur de lui avoir envoyé un invitési généreux et si délicat. « Mon garçon, je ne sais comment te remercier. Tum’as été d’un grand secours. Que les portes du Ciel te soient toujours ouvertes! Et que tes désirs se réalisent ! » Le jeune homme questionna son hôte : « Ondit de toi que tu sais tout sur tout. Arrives-tu à deviner ce qui me faitvoyager depuis des semaines, ô sage homme ?

Oh ! je saisdéjà que l’amour fait battre ton cœur et qu’il t’a jeté sur les cheminsimprévisibles de l’aventure ! » Le jeune homme livra alors à son ami toute sonhistoire. Il n’omit aucun détail. Son auditeur resta silencieux ; il hochait detemps à autre la tête. Quand il eut fini son récit, le jeune homme demanda auvieux sage : « J’ai besoin de savoir où se situe le Pays aux Sept Fleuves pourtuer les sept pieuvres qui les habitent. Si je parviens à ramener les têtestranchées des pieuvres le maléfice se brisera et la perdrix redeviendraprincesse comme avant.

 Mon brave garçon, tout seul tu ne peux temesurer aux sept pieuvres géantes. Mais, comme tu possèdes un cœur généreux etintrépide, je vais t’aider à réaliser ton vœu. Dans le coffre que tu trouverassous mon lit, il y a un sabre qui date de mille ans. D’innombrables etvaillants héros me l’ont emprunté pour vaincre de redoutables ennemis. Cesabre, expliqua le sage, a le pouvoir de trancher les têtes de tous lesmonstres possibles et imaginables vivant sur la terre ou sous la mer. Je veuxbien te le prêter à condition que tu me le rapportes, lorsque tu te serasacquitté de ta mission héroïque !

 

Sans faute !s’exclama le jeune homme, fou de joie à l’idée de pouvoir se battre et libérersa bien-aimée, qui hantait déjà toutes ses pensées. » Il prit le sabre magique,complimenta son bienfaiteur et s’en alla, fièrement, défier son destin.

Le cœurempli d’ambition et d’enthousiasme, Ie jeune homme traversa plusieurs provinceset forêts. Il emprunta des chemins inconnus et rencontra de bien étranges etcurieux personnages. Il apprivoisa les uns et se méfia des autres. Il suivitles indications du vieux sage et supporta fort bien le voyage qui dura,d’ailleurs, des semaines entières.

Quand enfinse dessina à l’horizon la frontière du pays recherché, le jeune homme découvritune montagne si haute qu’elle se perdait dans le ciel. A ses pieds, prenaientnaissance les sept fleuves maudits où sommeillaient les sept monstrueusespieuvres. Il sentit son cœur battre fortement. Il rassembla son courage ets’attaqua promptement à sa tâche. Il suivit le premier fleuve jusqu’à sasource, puis provoqua la pieuvre en lui jetant le corps d’un bœuf comme appât.Celle-ci sortit des eaux, se prépara à avaler le jeune homme. Brutalement,celui-ci trancha sa tête, grâce au sabre magique. Il fit de même avec les sixautres pieuvres. D’un pas alerte et fier de son exploit, le jeune hommen’hésita pas à se rendre au palais pour demander audience à la reine, traînantderrière lui les énormes têtes des pieuvres.

Extrêmementcontrariée par l’arrivée triomphale du jeune homme, la méchante reine refusad’admettre sa victoire. Elle le reçut. alors froidement ; sèchement, elledécréta qu’il s’agissait d’un démon. Elle ordonna aux gardes de le brûler vifpour conjurer le mauvais sort. Le jeune homme se défendit. Il s’adressa au roi,enfermé dans un mutisme troublant. Il lui dit : « Ô noble roi ! Je ne suisqu’un humble voyageur. Je souhaite m’acquitter d’une grande dette envers tafille, la princesse "Clair de Lune". Elle m’a sauvé de la mort et jesais qu’elle a besoin de toi. Ta femme l’a injustement condamnée à prendrel’apparence d’une perdrix, et tu ne peux deviner ce que j’ai dû endurer pourparvenir jusqu’ici. Je t’en prie sire ! Fais quelque chose pour ta fille, cetêtre si fragile et si généreux, qui n’est autre que ta chair et ton sang ! » Leroi eut les larmes aux yeux. Il se leva et ordonna à son épouse de rompre lemauvais sort qui affligeait la vie de sa fille, puis de quitter le palaisimmédiatement. D’une voix amère et déchirée, il s’emporta : « Vieille sorcière! Tu as réussi à me séparer de ma fille et à me la faire oublier. Qu’a-t-elledonc fait pour mériter ta sentence ? Ne t’avait-elle pas aimée comme elleaimait sa propre mère si seulement le destin ne nous avait pas privés d’elle sitôt ? Va ! Hors de ce royaume ! Que le Seigneur te maudisse jusqu’à la fin detes jours ! »

Le monarqueremercia le jeune homme pour sa bravoure et sa courtoisie. Il le pria de luiraconter ce qu’il avait vu et entendu à propos de la princesse. Le jeune hommes’exécuta et lui demanda de le suivre dans la forêt de l’ogresse, où la perdrixl’attendait impatiemment. Le souverain fit préparer une impressionnante escorte; il prit des vivres et des coffres emplis de louis d’or, puis s’empressa derejoindre sa fille. Le vide qu’avait laissé la princesse dans le cœur des deuxhommes leur fit oublier la lenteur et la difficulté du voyage. Ils se promirenttous deux de ne s’arrêter qu’une fois qu’une fois à destination.

Ce fut unbonheur immense de les voir au chevet d’une jeune fille rayonnante de beauté etde grâce, qui dormait sereinement sous un olivier. La princesse se réveilla, sejeta dans les bras de son père puis embrassa son héros, le remerciant. de toutson cœur : « Je te serai éternellement reconnaissante », lui murmura-t-elle.Charmé par l’éclat de sa beauté, le jeune homme osa s’adresser au roi : « Jesais que mon rang ne me permet pas de prétendre à une alliance avec toi, ônoble roi ! Mais je serais infiniment heureux et honoré de te demander la mainde la princesse. » Le souverain regarda le jeune homme tendrement et luirépondit : « Mon brave garçon ! Ce qui fait la noblesse d’un homme, c’estd’abord sa vertu ! Je crois que tu m’as apporté la preuve de ta hardiesse et deta pureté. Ma fille sera en sécurité avec toi. Alors, je t’offre sa main avecune immense joie. »

La princesse"Clair de Lune" adressa à son bien-aimé un sourire consentant etcomplice, puis prit le chemin du retour, impatiente de retrouver les lieuxmagiques de son enfance.

De retour aupalais, le roi annonça allègrement les épousailles de sa fille avec l’héroïquejeune homme.

Quelquesjours plus tard, on célébra fastueusement les noces des jeunes amoureux etcelles de cent autres jeunes gens issus de familles pauvres du royaume. Le roisouhaita ardemment que le Ciel bénisse le mariage de sa fille, et il fit preuvepour cela d’une grande générosité envers ses sujets Une ambiance deréjouissante de liesse régna au palais durant des jours et des jours. On enprofita pour savourer avec délectation le goût de la paix et du bonheur.

Quelquesmois s’écoulèrent. Le jeune homme appréciait pleinement la vie princière et sonépouse, la princesse "Clair de Lune", prit soin de son couple. Ellelui offrit toutes les conditions d’une vie épanouie et heureuse.

Un jour,elle surprit le sabre magique que son époux avait rangé dans son coffre. Ellele contempla et apprécia la finesse de sa décoration. Dès que son mari larejoignit, elle l’interrogea : « D’où te vient ce magnifique sabre ? » Voilàque le jeune homme se rappela la promesse faite au vieux sage, le propriétairedu sabre magique. Il répondit à sa femme : « Heureusement que tu m’as parlé delui, sinon je l’aurais complètement oublié. Ce sabre est la clé de notre salut,ma chérie. Il faut que je le rende à celui qui me l’a prêté. »

Dès lelendemain, le prince sella son cheval, prit quelques provisions et se dirigeavers la maisonnette du vieux sage. Quand celui-ci le vit arriver, il le pritdans ses bras et lui confia : « J’étais sûr que tu reviendrais, mon enfant ! Tues un homme de qualité, ce sabre t’appartient, je te l’offre. Quelque chose,cependant, attriste mon cœur.

Qu’y a-t-ildonc, père ?

II y a dansce bas monde une mère qui pleure ton absence depuis des années. Elle te croitmort et s’en veut de n’avoir pu te sauver. Je l’entends se plaindre à tous lessaints à l’approche de chaque hiver. N’est-il pas temps d’aller la consoler ? »Le jeune homme se souvint tout à coup du regard déchiré que lui avait lancé samère la nuit où l’ogresse l’avait arraché à elle. Il regretta profondément del’avoir oubliée. Le vieux sage le consola : « Ce n’est rien mon brave garçon !L’oubli est de nature humaine, va la rejoindre ! Elle sera certainementheureuse de te revoir. »

Le jeunehomme retrouva le chemin de son pays natal et offrit à sa malheureuse mère leplus beau cadeau que l’on puisse offrir à une mère au premier jour duprintemps. En effet, quand elle vit s’avancer vers elle un jeune homme élégantet distingué, elle lut dans son regard ces liens sacrés qui finissent. toujourspar réunir une mère et son enfant. Les retrouvailles furent empreintes d’uneémouvante ferveur.

Le jeunehomme raconta à sa mère. tout ce qui lui était arrivé et la pria del’accompagner au royaume de son épouse. La femme, d’une voix mélancolique, luidit : « Le propre d’une mère est d’élever ses enfants pour les voir partir unjour. C’est la vie. Retourne à ton foyer et prend soin de ton épouse. Reviensme voir dès que je te manquerai, et fais-moi le bonheur d’amener un jour tadescendance. Je suis déjà comblée de te savoir vivant et heureux. Il est vraique l’on dit toujours que se sont. les épreuves qui cisèlent et forgentl’esprit d’un homme et toi, mon garçon, tu as su affronter ton destindignement. Je suis très fière de toi. »

Le jeunehomme demeura encore quelques jours auprès de sa mère, de ses frères et sœurset savoura avec délices les doux moments partagés avec sa famille. Puis il s’enretourna auprès de sa dulcinée à qui il fit le récit de son odyssée.

La princesse"Clair de Lune" et son époux vécurent heureux. Il firent la joie deleurs parents quand ils leur annoncèrent la naissance de leur premier enfant,qu’ils appelèrent "Bourgeon de Printemps".


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